Balthus à la fondation Beyeler

Avant de commencer la critique de l’exposition Balthus, je me dois de préciser que j’estime ce peintre comme le plus important de la peinture du 20e siècle et cela pour deux raisons : Tout d’abord, c’est un grand technicien, s’attaquant à une peinture difficile, sans triche, sans séduction vulgaire, loin de la mode et de la facilité ; La seconde raison, plus profonde, est qu’il se situe dans une période charnière entre un cycle de déconstruction amorcé par les impressionnistes, et le retour à la figuration que nous voyons arriver dans les salons, les galeries et les musées depuis quelques années. Cette critique sera donc, comme toujours, sans aucune intention d’objectivité (comme tous les articles d’ailleurs mais c’est ici un choix assumé) 

La fondation Beyeler, dont je n’avais jamais entendu parler, qui possède une exécrable collection d’art contemporain (hormis un Monet classique, un Cézanne limite et un Hopper magnifique) a décidé d’organiser une exposition de Balthus, pour qui les Suisses expriment une certaine tendresse puisque ce dernier passat ses dernières années au grand chalet de la Rossinière en plein canton Vaudois. Ma première surprise fut donc de constater la différence entre la collection permanente que je pouvais apercevoir en partie dès l’entrée, choquante de par les mélanges d’esthétiques artificielles et qui trahissait une certaine insensibilité (un Titi de Koons y figure…) et ce choix d’exposer un peintre se posant pour beaucoup comme farouche combattant des théories abstraites et conceptuelles, symbole de tradition picturale, de beauté universelle.

Concernant l’exposition proprement dite, c’est une réussite ! De nombreuses œuvres très importantes exposées dans un beau lieu, baignant dans une douce lumière naturelle et jouissant de tout l’espace nécessaire pour être appréciées par le visiteur. Ce dernier sera comblé par la juste chronologie et le choix des tableaux faisant la passerelle d’une période à l’autre. Nous pourrons y découvrir quantité de chefs-d’œuvres incontournables de l’histoire du peintre comme les deux portraits de Thérèse assise, Les enfants Blanchard, La jupe blanche, Le passage Saint André ou encore les joueurs de cartes. Il s’y trouve aussi quelques tableaux moins connus bien que très charmants comme La jeune fille endormie, le grand paysage à l’arbre ou encore Le cerisier. Il est important d’avertir nos lecteurs que ces peintures, sont pour beaucoup réalisées avec énormément de matière (à la manière des dernières toiles du Titien), ce qui est en toute logique impossible à rendre en photo, il est donc important de voir ces toiles de ses yeux car elles prennent en reproduction un flétrissement trompeur.

Pour autant il nous faut relever quelques manques qui nous aurait permis de percevoir la diversité et la subtilité de ce dont était capable Balthus. A commencer par quelques portraits, car il fut un grand portraitiste comme le démontre les portraits de Miro, de Derain, de Pierre Matisse… Mais aussi les grands tableaux à la tempéra aux motifs géométriques de sa fin de carrière comme la série des filles au miroir qui sont la marque d’une admiration pour les grands fresquistes italiens tels Piero Della Francesca ou Andrea Mantegna.

Nous ressortons de l’exposition comme de vacances, comme d’une période fantasmé invoquant la douce mélancolie des jours heureux d’un être imperméable aux attaques idéologiques d’une absurde modernité… L’un des seuls rescapés de la folie qui s’est emparée des peintres actuels, fier de rester un artisan parmi tous ces artistes.

 

Exposition du 2 septembre 2018  au 1er janvier 2019
Fondation Beyeler
Baselstrasse 101
Bâle/Riehen – Suisse

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