Hammershoï chez Jacquemart-André

J’ai déjà eu l’occasion d’évoquer le musée Jacquemart-Andrée pour lequel j’ai une belle estime, de par ses expositions passées sur des peintres que j’apprécie (comme Pontormo ou Rembrandt) et la sobriété de ses présentations exception faite pour la collection Koplowitz, qui était accompagnée des Gymnopédies de Satie dans une salle sertie de quelques Goya et autres Zurbaran…

Le musée remet le couvert avec Vilhelm Hammershoï, peintre peu connu malgré quelques récentes mises en lumière au musée d’Orsay. En effet son style, sobre et méticuleux, se signe comme une assignation à demeure, loin des grandes foules qui lui préfèrent des plus exubérants. Il faut dire que ce peintre ne brille ni par le format de ses œuvres, ni par le choix de ses sujets : un rayon de soleil venant mourrir sur un mur dénudé ; la lumière d’une porte lointaine se reflétant dans le parquet ciré d’une salle vide ; une figure de noir vêtue, passe de porte en porte, de salle en salle, sans départ ni fin… Intellectuellement on s’ennuie ! Mais la peinture ne se pique pas de littérature et nous voila captivé par la texture d’un mur, par un jeu de ligne entre le tapis et l’encadrement de la porte, par la luminosité du jour se découpant sur le canapé d’une salle obscure et tant d’autres détails qui nous absorbent dans la réalité d’une image si bien construite.

 

La touche d’Hammershoï lui permet de faire vibrer un mur qui serait sans ça parfaitement plat, pourtant cette dernière ne prends jamais le dessus, toujours mince et sèche, elle accompagne le sujet sans lui voler la vedette. Il en est de même pour les tons, la gamme ne s’éloigne pas des bruns ou des gris, jamais le peintre ne s’essaye à la fragmentation des couleurs qui rends les toiles si chatoyantes en mettant un peu de bleu ou de rouge dans les ombres afin de valoriser les volumes.
Dans l’exposition se trouve quelques tableaux de ses contemporains qui tombent dans ces travers, chez Carl Holsoe ainsi que Peter Ilsted, les murs sont plats, la touche reste invisible et la vibration se fait par le mélange des couleurs. L’ensemble produit par cette technique est plus lourd et les quelques entorses à la tonalité apparaissent comme vulgaire.

 

Voici pour le peintre, passons à la visite. Celle ci débute dans une pièce réservée à un pèle mêle de tableaux divers (principalement des tableaux de jeunesse) dont un immense trône en son centre, le portrait de groupe de ses proches. Un immense portrait qui ne m’inspire pas grand chose car malgré ce que j’entends un peu partout, le peintre n’est pas dans son élément avec ce genre de composition, la touche est devenue invisible, les personnages sont traités comme des objets, cela sent le figé et la cire froide. Le plus problématique reste les immenses zones d’aplats noires distribuées dans le tableau sans que j’en comprenne la logique, un noir sans profondeur loin d’un Murillo ou d’un Caravage.

 

La deuxième salle, je l’ai en partie évoquée, elle contient les tableaux de ses contemporains ainsi que quelques uns de ses premiers intérieurs, déjà dans l’ambiance de ce que sera sa peinture tout au long de sa vie, seulement la technique n’est pas encore très aboutie, la touche moins vivante et moins personnelle. Les troisième, quatrième et cinquième salles ne présentent pas grand intérêt à mon sens, quelques extérieurs aussi monotones que les intérieurs mais dont les détails sont moins poussés, là où le peintre prends son plaisir dans la texture d’un parquet, il ne le prend pas dans celle d’une végétation et cette dernière se trouve souvent bâclée et renvoyée à un paysage sans structure, sans vibration et sans vie. Tout le sel de l’exposition se trouve dans les deux dernières salles, remplies de bijoux comparables aux fleurons de la peinture de genre de l’âge d’or hollandais en général et des Fijnschilders en particulier.

 

J’ai déjà été bien trop long mais j’espère vous avoir donné l’envie de voir l’exposition ainsi que quelques clés de lecture de cette manière de peindre exceptionnelle en soi et si différente des peintres qui se sont aventurés sur le terrain de l’intérieur.

 

Exposition du 14 mars au 22 juillet
Musée Jacquemart-André
158 Boulevard Haussmann, 75008 Paris