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Manifestement graphique

Aujourd’hui, je vous invite à plonger au cœur d’une marée humaine, à la découverte d’un sujet trop souvent spolié, dépoli et piétiné lorsque les foules partent en croisade : le graphisme révolutionnaire.

Toujours des mots, encore des mots, rien que des mots…

Véritable vecteur d’expression, les affiches et pancartes Do it yourself que l’on peut apercevoir lors des manifestations permettent de résumer très simplement le message de leurs porteurs.
Réduit à sa plus simple essence, la vulgarisation du graphisme passe par des compromis pour conserver leur impact :

  • Peu ou pas d’images
  • Une économie de couleurs
  • Une typographie simple
  • Une accroche courte, avec un jeu de mot, c’est plus rigolo 🙂
  • 
Pas de logos, mentions légales, body copy, RCS, de sens de lecture…

Un dépouillement tellement absolu, qu’il ne reste plus qu’un message qui, « si l’affiche est bien conçue », fait sens. Mais que reste-t-il ?

Jeux de mot, jeu vieillot

Aviez-vous remarqué, cette figure humoristique un rien ringarde et souvent moquée dans le monde de la communication ? Je parle du jeu de mot. Rares sont les professionnels qui s’y risque tellement l’intérêt est éphémère (mis à part monoprix qui nous offre depuis quelques années un parfait contre exemple). Cela étant, ce n’est pas un hasard si des générations de protestataires utilisent le jeu de mot pour orner leur création (en tout cas en France), ce genre d’humour permet surtout de synthétiser une idée tout en dédramatisant le sujet. Bien qu’il manque de subtilité, cet humour à la qualité d’être grand public.

Des styles variés et souvent égalés…

Bien que certains manifestants préfèrent défiler sous le poids de banderoles imprimées, les supports maisons sont légions, et tant mieux car ce sont eux qui représentent le mieux ce graphisme vernaculaire. Dessinées et peintes à la main, certains révolutionnaires font honneur à la typographie, ils sont d’ailleurs assez rares pour qu’on en parle. Au pochoir ou au feutre, et bien que l’on retrouve principalement des lettres en stencil ou Linéales, certaines mises en page sont pourtant pensées et intéressantes. De ce fait, ce sont ces affiches que l’on remarque le mieux, car elles sortent du lot et véhiculent une certaine organisation de pensée.

L’arbre qui cache la forêt

Là où cet exercice de communication est vraiment intéressant, c’est lorsqu’un défilé est vu comme une fresque vivante. On voit alors l’ensemble des messages textuels se répondre comme les vignettes d’une BD, dont chaque pancarte est un phylactère. Le style manuscrit manifeste physiquement la parole de son auteur au milieu d’un paysage grouillant, dont les marcheurs sont réduits à de simples esquisses polluées par les logos politiques. Sur-représentés, ils viennent marteler un message impersonnel et répétitif, message qui malheureusement marquera plus les esprits que les efforts créatifs de ces graphistes d’un jour.