Cézanne chez Monet !

J’ai eu la chance de me rendre hier à l’exposition Cézanne et les maîtres. Rêves d’Italie, qui, suite à cet épisode épidémique, se voit prolongée jusqu’au 3 janvier 2021. Comme vous le savez, les expositions sont ici un prétexte pour parler des peintres, et je n’ai pu encore dire ici mon admiration pour ce grand primitif (avec tout ce que ce qualificatif peut avoir d’avantageux) qu’est Cézanne.

- 584px Bouteille de liqueur par Paul Ce  zanne Yorck - Cézanne chez Monet !
- 607px Paul Ce  zanne   Cha  teau Noir   Google Art Project - Cézanne chez Monet !
- 408px Le Jardinier Vallier par Paul Ce  zanne Yorck - Cézanne chez Monet !
Encore une exposition d’universitaire…

 

En même temps, peut on empêcher cela dans la mesure où ce sont les seuls organisateurs d’expositions en France ? Simplement cette extension de la place du concept dans l’art se fait toujours au profit de la sensibilité. Mais cette fois je n’ai pas boudé mon plaisir car les autres tableaux présentés, notamment d’incroyables Poussins, ont tout à fait leur place dans l’exposition. Bien sur, nous aurions aimé voir plus de Cézanne car finalement de l’œuvre du maitre, peu nous en est montré.

 

Cela débute sur une incroyable descente de croix du Tintoret (j’avais déjà noté pour moi au cours de l’exposition du musée du Luxembourg consacrée au Tintoret de grandes ressemblances entre la peinture de Cézanne et celle du Vénitien, dans la matière et dans le trait, ces personnages au contour parfois grassement appuyé et à l’anatomie joliment chancelante) dont certaines parties sont en effet presque communes aux deux peintres. Mais la gestion des couleurs est un délice et le magnétisme du ciel donne un effet complètement surréaliste à la scène.

 

Cependant la comparaison entre Le Tintoret et Cézanne se borne à la forme. La peinture se doit d’être une recherche spirituelle, elle se présente comme un rideau couvrant une présence cachée, qui serait la véritable locataire du tableau. Le peintre ne s’occupe que de tirer le rideau, montrer au spectateur que quelque chose de l’ordre du vivant se meut derrière ces couches d’huile et de pigments enchevêtrées. Il est comme l’aventurier partant à la rencontre de l’invisible et ramenant aux autres les bribes de trouvailles collectées au cours de ses expériences. C’est pourquoi certains tableaux sont comme habités par quelque chose d’inexplicable par les mots, et heureusement car si cela l’était, nous nous passerions de la peinture et de son langage propre.

 

Mais cette manière de découvrir un univers par quelques touches de pinceau est propre à chaque artiste et leurs révélations sont lentes a maturer en nous. C’est pourquoi la sensibilité est très importante, précieuse autant que fragile, elle se dégrade dans des utilisations différentes de couleurs et de sujets et ces chamboulements n’offrent pas aux tableaux la possibilité de nous dire ce pour quoi ils ont été réalisés. La corde sensée tirer le rideau se rompt à chaque instant et nous voila bientôt sorti de l’exposition, enchanté de ces jeux de ressemblance entre peintres et époques, raccords probables, inspirations et rêves d’Italie, sans doute. Mais est-ce la raison de notre venue ? Pour cela, un documentaire n’aurait-il pas pu faire l’affaire ?

 

Et pourtant quel peintre exceptionnel ! Qui nous montre avec trois pommes tout un monde que nous aurions jamais vu. Il peut nous amener dans sa Provence, dans son atelier, que l’on imagine entouré de forêts et de carrières, avec au loin de vastes plaines, quelques habitations simplistes et des montagnes, si profondément peintes qu’elles semblent se mélanger au ciel. Mais ce sera pour une autre exposition, car celle-ci, entrecoupée de scène chrétiennes et mythologiques des XVIe et XVIIe siècles se veut pédagogique et instructive (ce qu’elle fait fort bien par ailleurs), nous montre un Cézanne comme ses tableaux ne nous le montre pas.

 

Et cette vision de Cézanne est intéressante ! Et c’est pour cela que je suis très partagé. Normalement ce genre d’expositions me repousse par nature mais ici, j’avoue avoir vu les choses autrement…Certains rapprochements modifient les sens. Et les Poussins dont je parlais plus haut sont tout à fait dans leur jus. Évidemment passer d’un Poussin à un Cézanne reste un grand écart contraignant pour l’imagination. Mais si nous voulons nous projeter dans l’œuvre du maître d’Aix, nous ne manquons pas de moyens à Paris, entre Orsay et l’Orangerie, nous avons de quoi faire. Profitons de ce détour par Marmottant pour une fantaisie dans le mélange des styles.

 

Exposition du 27 fév. 2020 jusqu’au 3 janv. 2021
Musée Marmottant-Monet
2 rue Louis Boilly, 75016 Paris