Degas à Orsay

En prélude a cette petite critique sur l’exposition qui se trouve au musée d’Orsay, il faut avertir ici le lecteur qu’il a affaire à un grand admirateur du peintre en question.
Il rivalise, pour moi, avec Velasquez, Titien, Ter Borch et consort. On peut d’ailleurs voir une filiation entre Gerard Ter Borch (1617-1681) et Degas (1834-1917) dans le format ; la gestion de la lumière ; les rendus des matières ; les attitudes et les sujets : le portrait de Pagan présenté à l’exposition en est un parfait témoignage.
degas - 392px Degas lorchestre - Degas à Orsay
degas - 353px Edgar Degas   Lorenzo Pagans et Auguste de Gas - Degas à Orsay
degas - 534px Edgar Degas   Portrait of Mlle Fiocre in the Ballet  La Source  Portrait de Mlle - Degas à Orsay
La rencontre avec la peinture de Degas est toujours un événement, cette fois ci nous entrons dans un univers thématique… ah ! Encore ces expositions thématiques à la mode et qui nous coupent de la vue un grand nombre de peintures intéressantes pour l’amateur mais hors sujets pour l’universitaire qui monte son exposition de la même manière qu’il rédige sa thèse. Si le problème s’arrêtait ici ce ne serait rien, mais pour compenser cette perte les commissaires d’exposition nous mettent sous le nez tous les fonds de tiroirs du musée (bout de papiers griffonnés, maquette, etc.) dont on se fiche complètement.

 

Je disais donc que l’exposition est sur le thème de l’opéra. Lieu dans lequel Degas a longtemps trainé ses souliers, il confie à Daniel Halévy que c’était pour lui un prétexte à peindre des attitudes, des froufrous, des textures et des couleurs. Les danseuses ont été, à l’instar des jockeys, des repasseuses, des modistes… autant de raisons d’exprimer la vie, d’imprimer son mouvement au corps et ce sont les mêmes êtres que nous retrouvons fondus les uns dans les autres dans une comédie humaine picturale. La jeune spartiate qui provoque les garçons du précoce peintre est la même fille qui, quelques années plus tard, se retrouve dans la classe de Jules Perrot, en se grattant le dos. Le plaisir de peindre se ressent dans les deux postures, indépendamment du sujet ou du contexte, l’amour d’un oeil comme Degas est attiré par l’universel et l’intemporel de la nature humaine, qui n’a d’après lui pas tant changée en l’espace de deux millénaires et demi.

 

Mais qu’importe le sujet pour l’intéressé, Flaubert disait dans sa correspondance que «  tout »  est sujet pour qui sait le saisir et il semble en effet que Degas sait tout peindre, de l’anecdotique à l’historique, il parcourt les genres avec facilité et ne s’interdit rien, du moins au début. Au cours de la visite, nous passons devant l’audacieux portrait de Mlle Fiocre en costume de bal, qui pourrait être une peinture Pré-Raphaëlienne de par les costumes et la douce mélancolie qui sévit dans ce décor, brumeux mélange d’eau et de roche. Seulement quelle liberté dans la touche ! Et quelle finesse dans certains détails ! Nous sommes projeté bien loin de l’opéra dans un romantisme moyenâgeux et ésotérique qui nous laisse pantois.

 

A coté de ce tableau, en voici quelques autres qui justifient à eux seuls la visite : Les différentes versions de « L’orchestre de l’opéra » ; le portrait de Lorenzo Pagan et d’Auguste De Gas ; Le portrait de Mademoiselle Dihau et celui du violoncelliste Pilet ainsi qu’un dernier assez étrange intitulé « La répétition ».

 

Je ne saurais que conseiller aux curieux d’y faire un tour, c’est une matière a mettre entre tous les yeux.

 

Exposition du 24 sept. 2019 au 19 janv. 2020
Musée d’Orsay
1 Rue de la Légion d’Honneur, 75007 Paris